Les récits de GillGalad

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Le paradis à pied

Quel bonheur de marcher pour se rendre au travail. Le simple fait de marcher et d’avoir tous les matins un temps de trajet invariable, entièrement fixé sur l’allure de mes pas constitue pour moi un véritable plaisir. Peu importe le trafic, le temps et les grèves régulières. Le stress du voyage quotidien n’existe pas, car je sais à la minute près à quelle heure j’arrive au bureau quand je pars de chez moi. Le seul véritable problème qui se pose est le choix du parapluie lors de journées pluvieuses. Et bien que cela me coûte des secondes précieuses, je privilégie ce mode de transport à tous les autres.

 

Cette liberté a de grandes répercussions sur le bien-être d’une personne, tant sur le plan professionnel que sur le plan personnel. Dans le premier cas, elle donne un avantage considérable par rapport au nombre d’heures de sommeil que l’on peut s’offrir, consolidant nos performances. Ensuite, théoriquement, elle nous permet d’exhiber une ponctualité irréprochable. Et pour finir, grâce à la proximité, les heures supp’ perdent leur aspect menaçant. D’un point de vue personnel, on ne ressent plus ce fardeau que représente le trajet en voiture ou en transports en commun. Car même si l’on n’en est pas conscient, on ne l’oublie jamais entièrement.

 

A pied, on observe tout, rien n’échappe au regard, car l’esprit est libre. Les voitures et les bus défilent comme un paysage, sauf que pour eux, c’est moi, le paysage qui défile. Il est assez étrange de changer de point de vue. La manière de voir les choses influe grandement sur notre perception et je dois dire que c’est plutôt agréable de jouer un autre rôle. Dans ce cas précis, c’est extrêmement divertissant de voir d’autres s’investir pour rouler à faible vitesse, en consommant autant qu’un tank,  sans oublier la priorité à gauche au rond-point sans visibilité ou les collégiens qui traversent n’importe où. Ce sentiment de légèreté et d’indépendance ne perd pas en saveur une fois le collège passé, au contraire. Le spectacle continue jusqu’à l’arrivée, où je me dis que celui de la veille était un peu mieux réussi, grâce à l’effort de quelques piétons téméraires.

 

A mon sens, cette routine est bénéfique, surtout pour l’observateur. Elle lui apprend à savourer la liberté que lui offrent ses pieds et qu’il ne pourrait jamais obtenir d’une voiture. Elle lui donne une bonne conscience due à une empreinte carbone nulle, ce qui lui permet à nouveau de soutenir le regard des arbres. Elle lui rappelle que la conduite n’est pas qu’un sport, mais aussi, dans certaines situations, je l’admets, un fardeau. Et surtout, elle évoque subtilement les bienfaits d’un compte bancaire délivré du joug de la pompe à essence.

 

Et une fois qu’on a goûté au bonheur, c’est dur de l’oublier. Malheureusement, on s’y habitue tellement vite qu’on n’en profite jamais pleinement. Les trajets à pied paraissent assez courts au début, puisque parsemés de belles choses à découvrir, mais au fil des semaines, l’intérêt, les avantages, la liberté, tous ces ressentis perdent en intensité et deviennent normalité. Pendant ce temps, tout en discrétion, le besoin de conduire refait surface et pousse à retrouver ses anciens réflexes. C’est pourquoi il faut apprendre à résister à la tentation et ne pas perdre de vue les vertus du transport traditionnel. Car c’est au moment du retour en arrière que l’on réalise la chance qu’on avait. Derrière le volant, surtout pendant l’heure de pointe du matin, la conduite perd son charme et son attrait. Guidé par cette pensée, tout ce qui fut oublié sur la marche revient à l’esprit, et l’aventure à pied peut reprendre de plus belle.

 

Des fois, les gens ont besoin d’être confrontés au pire pour comprendre et saisir leurs opportunités. Car aller au travail à pied, c’est vraiment le paradis.



15/06/2012
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