Les récits de GillGalad

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Les points de suspension

Ah, ces fameux points de suspension… Par où commencer ? Je doute qu’il y ait de notion plus mystérieuse et impénétrable que celle de ces trois petits points. Et comme toute chose mystérieuse, nombreuses sont ses interprétations. Entre figure de style, hésitation, ouverture philosophique ou sous-entendu de nature douteuse, les points de suspension sont une source de créativité fabuleuse, mais…

 

Si l’on prenait cette phrase, adressée à quelqu’un : « Mais quel… », je serais enclin à penser que le mot initialement prévu par l’auteur ne faisait pas référence aux vertus du destinataire. Et pourtant, je n’ai lu que deux mots à priori neutres. La liaison est donc ancrée bien profondément en nous, ce qui nous prédispose à réagir d’une certaine manière à un élément déclencheur. L’apprentissage de ces prérequis est naturel et même essentiel à la bonne entente sociale. Les fonctions de ce signe de ponctuation sont extrêmement diverses, à tel point qu’on retrouverait les points de suspension partout si on avait une version écrite de ce qu’on dit toute la journée.

 

 

 

"Si les points de suspension pouvaient parler, ils pourraient en dire des choses et des choses!"

 

 

  Pierre Dac

 

 


 

En partant de ce principe, pour ne pas en abuser, l’utilisation de ce signe se réduit à choisir la phrase après laquelle son emploi serait de trop. Et oui, car on frôle la surabondance.

 

Tout a commencé avec l’essor du chat et des SMS. Le smiley est devenu un outil incontournable permettant non seulement de simuler un sentiment ou un intérêt intense pour la cause d’un autre, mais aussi de s’épargner le choix complexe entre divers signes de ponctuation. Suite à cet engouement, les gens se sont vite ennuyés de cette tradition et ont retrouvé plaisir à finir leurs phrases selon le cadre imposé par l’Académie Française. Ainsi, les points de suspension ont rencontré un succès grandissant qui témoigne par ailleurs de leur importance au sein de la langue française. Ils remplacent les smileys, mais aussi tout signe de ponctuation ainsi qu’une éventuelle fin de phrase qu’on ne préfère pas rédiger.

 

Mais le revers de la médaille ne s’est pas fait attendre très longtemps. Bien qu’à première vue ce changement de mode parait bénéfique, il engendre une autre tendance, celle du superflu. On ressent le besoin de finir en beauté, de consolider le sens de la phrase. Comment résister à l’emprise des points de suspension sans affaiblir la ferveur et l’impact des mots ? Ce n’est tout simplement pas possible, car voilà précisément ce qui définit la force de ce signe de ponctuation. Il est universel.

 

C’est pourquoi on l’utilise bien trop souvent, jusqu’à ce qu’il devienne partie intégrante du paysage linguistique. On s’y habitue tellement qu’il devient irremplaçable et qu’on ne comprend plus le vrai sens d’une phrase ou qu’on la trouve étrange s’il manque à l’appel. Et comme pour toute chose, la surabondance mène à la dévalorisation. Si auparavant les points de suspension accusaient d’un aspect valorisant, ils ne sont désormais plus qu’une relique du passé. Ils représentent simplement ce que l’auteur omet de dire, nous obligeant à s’imaginer la suite.  

 

Cela est inacceptable, il faut leur rendre ce qui leur appartient. En limitant leur usage et en variant les cas de figure, nous pouvons redonner de la valeur aux points de suspension, leur réaffecter cette dimension théâtrale qu’on avait perdu de vue.

 

Et si jamais cette méthode de sauvetage s’avérait infructueuse, il faudrait prendre des mesures drastiques, sans quoi nous perdrions tout un patrimoine.



15/05/2012
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